Le test du marshmallow, la suite
Une expérience de 2013 rarement citée à côté de la célèbre, et une réplication de 2018 sur 918 enfants qui a réduit l’effet à un cinquième.
En 2013, Celeste Kidd et ses collègues de l’université de Rochester ont mené une expérience qui est rarement citée à côté du test du marshmallow, et qui devrait l’être.1
Vingt-huit enfants, âgés de quatre ans et demi en moyenne, ont été installés à des tables devant une poignée de vieux crayons de cire usés, avec la promesse d’un beau kit de dessin tout neuf. L’expérimentateur quittait la pièce. Deux minutes plus tard, il revenait : la moitié des enfants recevaient ce qui leur avait été promis ; devant l’autre moitié, il écartait les mains — désolé, le kit n’est jamais arrivé, il faudra faire avec ceux-là. Puis la même chose était répétée avec des autocollants, et de nouveau la moitié restait les mains vides.
Après cela, on proposait à chaque enfant un marshmallow aux conditions habituelles : le manger tout de suite, ou attendre le retour de l’adulte et en recevoir deux.
Les enfants qu’on avait déçus ont tenu un peu plus de trois minutes en moyenne. Ceux dont les promesses avaient été tenues ont attendu douze minutes. Quatre fois plus longtemps, et c’était de l’arithmétique plutôt que de la volonté : l’adulte de cette pièce avait déjà manqué deux fois à sa parole, alors pourquoi parier sur une troisième fois.
Ce que le test du marshmallow a vraiment montré
Walter Mischel a mené la série originale à la fin des années 1960, à la Bing Nursery School de Stanford.2 La mécanique était exactement celle qu’on raconte d’habitude : un enfant était assis devant une friandise, on lui expliquait les règles, on le laissait seul. Certains la mangeaient aussitôt ; d’autres gigotaient, se détournaient, fredonnaient et tenaient jusqu’au bout. Ce que ce travail mesurait n’était pas le caractère : quand les deux récompenses restaient bien en vue, l’enfant cédait au bout d’une minute environ ; quand on les retirait de sa vue, l’attente s’étirait jusqu’à onze minutes.
La célébrité est venue de la suite. En 1990, Mischel et ses collègues sont revenus vers la même cohorte, ont envoyé des questionnaires aux parents et réuni des données sur environ 185 des 653 enfants.3 Ceux qui avaient tenu plus longtemps obtenaient en moyenne de meilleurs scores au SAT — mais seulement les trente-cinq qui avaient été laissés seuls avec la récompense en vue et sans aucune stratégie d’attente. De là est née toute la littérature populaire sur la volonté comme grand prédicteur de la réussite dans la vie, et avec elle le conseil aux parents d’entraîner la patience.
En 2018, Tyler Watts, Greg Duncan et Haonan Quan ont refait l’étude avec 918 enfants issus d’un éventail bien plus large de revenus familiaux.4 L’association a survécu, mais elle a fondu : une fois pris en compte le revenu familial, l’environnement à la maison et les premiers scores cognitifs, il en restait un cinquième, statistiquement indiscernable de zéro.
Ce que le test semble avoir mesuré, ce sont les circonstances : la régularité avec laquelle la nourriture apparaît dans la maison de l’enfant, le fait que les promesses y soient tenues, la possibilité de compter sur demain. Un enfant d’un foyer où la parole donnée est tenue attend parce qu’il a des raisons de le faire.
L’enfant qui n’a jamais reçu le kit de dessin promis a mangé le marshmallow en trois minutes. C’était une conclusion sensée : l’adulte de cette pièce avait déjà manqué à sa parole, et le marshmallow, lui, était une certitude.
D’où un point pratique qui relève de la confiance plutôt que de la patience : la confiance qu’un enfant accorde à votre parole peut peser lourd sur sa capacité d’attendre. Tenez donc ce que vous promettez, et les parties faciles à oublier — les intérêts sur ce qui est mis de côté, par exemple — confiez-les à l’application : dans PocketPal, la règle s’écrit une fois et tourne ensuite toute seule.