Combien de temps un enfant peut vraiment continuer à épargner
Sur une semaine, un enfant tient bon, et d’autant mieux qu’il est plus âgé. Sur un mois, l’âge ne décide plus de rien. Ce que dit la recherche, et quoi en faire à la maison.
On dit généralement aux enfants d’économiser pour un objet : un vélo, une trottinette, une console. Personne ne fixe d’échéance — elle découle du prix. L’argent de poche est petit et l’objet coûte cher, cela veut donc dire un mois, peut-être trois. L’enfant accepte et n’arrive presque jamais au bout.
En 2021, Patrick Burns, Teresa McCormack et leurs collègues de la Queen’s University de Belfast ont publié dans Child Development un article qui explique pourquoi.1 Il portait sur 132 enfants de sept à onze ans. On leur proposait de vraies récompenses — des cartes, des gommes, de la petite monnaie — des trésors qui comptent encore à cet âge — et de vraies attentes : un jour, une semaine, un mois. La distance ressentie de chaque attente était mesurée séparément.
Pour un enfant, le temps lointain se comprime plus que pour un adulte : passé un certain horizon, il ne distingue plus vraiment ce qui est loin de ce qui est très loin. Une semaine et un mois lui semblent plus proches l’un de l’autre que ne le dit le calendrier, et un mois est déjà une étendue dont on ne voit pas le bout.
Vient ensuite la partie qui compte pour un parent. Sur un jour et sur une semaine, les enfants de onze ans attendaient nettement mieux que ceux de sept ans : l’âge aidait. Sur un mois, l’écart entre les plus jeunes et les plus âgés disparaissait. Tout le monde abandonnait.
Dans cette étude, une semaine restait donc à la portée des enfants, d’autant mieux qu’ils étaient plus âgés. Mais dès que l’attente atteignait un mois, l’avantage lié à l’âge disparaissait : les enfants de onze ans lâchaient comme ceux de sept ans.
Ce que les psychologues ont essayé, et ce qui a marché
En 2024, McCormack, avec Canning et Graham, a réuni dans Developmental Review une synthèse couvrant vingt-deux études — toutes les expériences où l’on a appris à des enfants à différer.2
Les psychologues mesurent la force d’une technique en unités standard. Sur l’échelle admise, 0,2 est un effet faible, 0,5 un effet moyen, 0,8 et plus un effet fort ; un résultat qui reste collé à zéro signifie que la technique n’a rien donné.3
« Imagine-toi dans le futur » fonctionne de manière fiable avec les adultes — c’est l’idée sur laquelle repose la moitié des livres de finances personnelles. Avec les enfants, cela n’a rien donné dans aucune des neuf expériences qui l’ont testé. On a beau le leur demander, les enfants d’âge préscolaire et les jeunes écoliers ne construisent pas cette projection.
Deux choses ont fonctionné. L’expérience vécue de l’attente obtient 0,73 : un enfant qui a déjà attendu et reçu trouve l’attente suivante nettement plus facile. Et loin devant, à 0,98, une raison concrète d’attendre que l’enfant peut vérifier lui-même. Ces deux chiffres viennent d’expériences individuelles au sein de cette synthèse, et non d’une moyenne sur l’ensemble.
Le second résultat remonte à Nisan et Koriat, en 1984.4 Ils ont comparé deux approches : dire à un enfant qu’un autre enfant avait choisi différemment, et demander à l’enfant de trouver lui-même des arguments en faveur de ce choix. La seconde marchait mieux — mais seulement quand les arguments plaidaient pour l’attente.
Cela donne deux conditions. Une raison d’attendre que l’enfant vérifie lui-même. Et une expérience menée jusqu’au bout, où l’attente se termine par quelque chose.
Une semaine qui met tout cela en place
Ce qui suit est un protocole que nous avons assemblé à partir de ces travaux. Il n’a qu’une mission : donner à l’enfant l’expérience vécue qui vaut 0,73, dans une durée qu’il peut réellement tenir. La raison d’attendre, celle qui pèse 0,98, est intégrée à la règle du jeu.
Une précision : c’est une compilation de résultats d’autres chercheurs, pas une méthode que nous avons testée. Les montants sont en euros par commodité ; chez vous, ce seront peut-être des livres, des dollars, des tenges, des soms ou une autre monnaie.
La règle. Annoncée à l’avance et tenue toute la semaine : tout ce que tu gagnes et mets de côté, je le double. L’enfant le vérifie lui-même, en multipliant par deux — il gagne deux euros, les met de côté, cela en fait quatre.
Les tâches. Établissez la liste et les tarifs avant de commencer. Arroser les plantes, aider à mettre la table, lire vingt minutes — de quoi arriver à environ deux euros par jour. S’il n’y a matériellement pas de quoi gagner autant, l’enfant n’atteindra pas l’objectif — et le problème viendra du calcul, pas de l’enfant.
L’objectif. Choisissez-le ensemble. Une condition : il doit tenir dans le budget de la semaine. Avec 8 € d’argent de poche, le budget se présente ainsi :
| Source | Montant |
|---|---|
| Argent de poche de la semaine | 8 € |
| Gains : 6 jours × 2 € | 12 € |
| Doublement des gains | 12 € |
| Total de la semaine | 32 € |
Si votre enfant veut un jeu de construction à 60 € et que le budget est de 32 €, il y a trois options : choisir un objectif moins cher, relever les tarifs des tâches, ou ajouter une somme de départ. Laisser un objectif inatteignable en une semaine est une mauvaise idée — la semaine se terminera sur rien, et c’est cela qui restera en mémoire.
Une fois l’objectif choisi, laissez votre enfant tenir l’objet en main — dans un magasin, plutôt qu’en photo sur un téléphone. Et montrez clairement ce qu’il abandonne en dépensant tout de suite : Imuta et ses collègues ont montré en 2014 que présenter la récompense de façon que l’enfant voie combien il perd en choisissant « maintenant », plutôt que deux options côte à côte, permet à des enfants de trois ans d’attendre aussi bien que ceux de quatre ans.5
Jour un. Tout l’argent de poche va dans la tirelire — un quart de l’objectif d’un coup. L’enfant n’a rien fait pour cela, sinon ne pas le dépenser. Le but est de rendre le progrès visible dès le premier jour : avec la perception étirée du temps qu’a un enfant, une semaine sans progrès paraît interminable.
Jours 2 à 7. La même chose chaque jour : tâche, gains, tirelire, doublement. L’argent y va immédiatement, si bien que le choix quotidien entre dépenser et épargner ne se pose jamais.
Ce que cette semaine ne fait pas
Elle ne construit pas la patience comme un trait stable. En 2018, Watts et ses collègues ont réexaminé le test du marshmallow avec 918 enfants, contre les trois ou quatre douzaines sur lesquelles reposaient les résultats retentissants de 1990 : une fois pris en compte le revenu familial, l’environnement à la maison et les premiers scores cognitifs, il restait un cinquième de l’association, statistiquement indiscernable de zéro.6 La patience n’a pas pu être séparée des circonstances dans lesquelles l’enfant grandit.
La semaine fait autre chose. Une fois, de ses propres yeux, l’enfant voit que l’argent qu’il n’a pas dépensé n’a pas disparu — il s’est transformé en un objet qu’il a choisi lui-même. C’est l’expérience vécue qui vaut 0,73, et c’est sur elle que vous vous appuyez quand l’objectif suivant prend plus de temps.
Le doublement ne sert que pour la première fois. Il comprime l’attente à une semaine, une durée qu’un enfant peut tenir. Ensuite, la part peut baisser : cinquante centimes par euro épargné pour le deuxième objectif, vingt-cinq pour le troisième.
Les intérêts sur ce qui est mis de côté peuvent fournir la raison d’attendre à la place du doublement. La mécanique est la même : la règle est connue à l’avance, et l’enfant calcule lui-même ce qu’il gagne à ne pas dépenser. La différence, c’est que le doublement est une promesse du parent, tandis que les intérêts s’ajoutent tout seuls, sans aucun adulte.
Le gain met du temps à devenir visible : une semaine produit si peu qu’un enfant ne verra rien, mieux vaut donc laisser les intérêts désactivés pour la première expérience. Ensuite, tout dépend du solde et du taux, et ce sont eux que vous réglez jusqu’à ce que la différence se voie. PocketPal a ses propres réglages d’intérêts ; comment choisir un taux et quand l’activer est expliqué ici.